La céramique, c'est tout un art
Je ne regarderai plus jamais les objets de la même manière: un
bol disponible à 0.50€ dans un grand magasin suédois, une
assiette composant un service de famille, une sculpture, des
objets de décoration… Je préfère souvent délaisser l'objet fait
en série, produit de manière industrielle pour choisir celui qui
possède une histoire.
L'histoire d'un artiste qui a imaginé sa
création, qui a travaillé des heures durant pour lui donner vie,
un aspect, une texture, un émail, un usage... Afin qu'il trouve
une place dans la vie de quelqu'un.
Ma première rencontre avec la poterie s'est déroulée il y a quelques années à la biennale de la céramique d'Andenne. La biennale est un événement artistique et culturel regroupant de nombreux créateurs de talent. Je suis littéralement tombée amoureuse d'un grand plat, “décoré” de taches noires et de craquelures, rempli de 3 oeufs portant eux aussi de nombreuses décorations noir et blanc (voir photo 1 ci-contre). Ce coup de coeur fut pour moi un véritable déclic. J'avais envie de créer de mes mains de jolies choses à partir de la terre.
La céramique est un métier d'art qui demande beaucoup de temps et énormément de passion car le délai entre “essayer” et “y arriver” prend plusieurs années. Je reprendrai les mots de Robert (Robert Pagura, céramiste), il se reconnaîtra : “Il faut de la patience en céramique”, qualité que je ne possède pas beaucoup mais que la terre vous impose.
Mes premiers pas en tant qu'apprentie céramiste
J'ai fait mes premiers essais dans un atelier à Herstal,
entourée de Marita Braet et Robert Pagura,
un couple de céramistes reconnus, ainsi que d'adeptes du
travail de la terre sous plusieurs formes : les sculpteurs, les
tourneurs... Tous très accueillants et disponibles pour partager
leur savoir et m'initier à différentes techniques (plaque,
colombin, modelage, tour, ...).
Donc, vous l'aurez compris, s'il fallait me donner une “identité” en céramique, on pourrait citer deux mots : sphère et raku.
J'aimerais également partager avec vous les différentes étapes du processus du travail de la céramique. Il faut d'abord créer la forme à partir de terre.
Quelles terres choisir?
La terre, ou devrais-je plutôt utiliser son noble nom, l'argile, peut se décliner en plusieurs types : la porcelaine, le grès, l'argile réfractaire, la faïence rouge, la faïence blanche. Il est important de bien la choisir en fonction de la pièce que l'on souhaite faire. En effet, il faut penser à différents critères au départ : la plasticité, le retrait (au séchage, à la première cuisson pour réaliser le “biscuit”, puis lors de la dernière cuisson), la porosité et la température de cuisson [4]. La terre peut aussi présenter différents degrés de texture grâce à son pourcentage de chamotte (argile brute cuite). La chamotte est très intéressante pour les débutants car elle permet à la terre d'être plus résistante et de bien garder la forme donnée.
Quelles méthodes de fabrication choisir?
Quand notre argile est bien centrée, nous pouvons alors l'ouvrir à l'aide de nos doigts pour la transformer en cylindre. L'étape du cylindre est incontournable afin de donner à l'objet la forme choisie. Par la suite, à l'aide des doigts et/ou d'outils, nous allons “monter” la terre (pinçage de bas en haut) pour faire évoluer la pièce.
Quand nous avons obtenu la forme voulue, il faut alors la “débarbouiller” (ôter la boue), la désolidariser de la girelle (avec un coupe fil) et la faire sécher. Lorsque le séchage de la pièce est partiel, nous devons alors réaliser le tournassage. Cette étape permet au tourneur, à l'aide de tournassins, d'amincir l'objet et de lui créer un pied entre autres.
Lorsque la pièce est totalement sèche et qu'elle ne présente aucune fissure, celle-ci pourra être alors biscuitée.
Qu'est-ce qu'un biscuit?
Le biscuit est le résultat de la première cuisson de la terre dite “crue”. La pièce acquiert définitivement sa forme. La cuisson du biscuit doit démarrer lentement de façon à ce que la température monte par paliers de 100°C à 150°C par heure jusqu'à atteindre 500°C [1]. L'objectif de cette cuisson par étape est de ne pas atteindre le point quartz (573°C) trop rapidement pour que la pièce n'éclate pas [2]. A ce point, l'eau contenue dans l'argile s'est évaporée et la température peut s'élever plus rapidement. La plupart des potiers font cuire le biscuit jusqu'à 960°C-1000°C [1]. Le biscuit peut alors être émaillé.
Qu'est-ce que la deuxième cuisson?


Il existe différentes cuissons :
- l'enfumage,
- le raku,
- l'oxydation,
- la réduction.
La pièce peut-être cuite avec ou sans émaillage. L'émaillage est une glaçure qui va fondre lors de cette deuxième cuisson. Elle est nécessaire pour pouvoir utiliser le bol, l'assiette, le plat dans la cuisine de tous les jours. L'émaillage donne également la couleur que l'on a choisie. La deuxième cuisson peut se faire à basse température ou à haute température (grès, porcelaine).
Après cette deuxième cuisson, nous obtenons notre pièce définitive... pièce tant travaillée et tant attendue.
L'apprentissage de la céramique nous apprend donc la créativité, la précision, la patience, la satisfaction d'avoir élaboré des objets et parfois la déception du résultat…
Chaque pièce est unique et possède son histoire.
J'espère vous avoir intéressé et vous avoir donné l'envie d'essayer.
Lo en terre.
Références :
[1] ATKIN J., Poterie 250 astuces, techniques et secrets de
fabrication, Paris, Libella, 2011, coll. Le Temps Apprivoisé.
[2] https://www.solutions-ceramiques.com/guides/regulations/